Forums » Discussions sur le végétarisme et le végétalisme

Gérer ses convictions veggies en société

    • 1 messages
    10 mai 2016 22:23:51 CEST

    Bonsoir à tous,

    Je viens de m'inscrire sur Végédia car j'ai passé le cap il y quelques mois maintenant du végétarisme, après plusieurs années à passer par des phases végé et non végé. 

    J'aimerais aller encore plus loin et devenir vegan prochainement, ce qui n'est pas forcément évident en société il faut le dire mais je suis confiante :)

    Bref, là n'est pas le sujet que je souhaitais évoquer aujourd'hui. 

    Je n'ai pas beaucoup d'amis veggies autour de moi et me sens parfois un peu seule dans mon "combat". Disons dans mes convictions. J'ai fait ce choix surtout pour des questions de souffrances animales, sujet sur lequel j'ai essayé d'agir dès mon plus jeune âge.  

    Aujourd'hui, quand on me demande pourquoi je ne mange plus de viande, et que la discussion sur le sujet est engagée, j'ai beaucoup de mal à rester vraiment calme, neutre et "pacifiste" je dois dire. Pourtant je ne suis pas quelqu'un de véhément ou colérique. 

    Pire, je commence à ressentir une forme de mépris, voire de colère, contre les personnes non végétariennes. 

    Je sais que je devrais être tolérante mais c'est vraiment compliqué à l'heure actuelle et cela m'éloigne un peu de mes amis et collègues. 

    Avez-vous vécu une situation similaire à un moment donné ? Comment l'avez-vous gérée ? 

    Bonne soirée.

    Christel


    Ce message a été édité par christel gagliotta le 10 mai 2016 22:24:19 CEST"
    • 23 messages
    13 mai 2016 14:48:28 CEST

    Salut Christel,

    On doit avoir un parcours relativement comparable : je me suis senti concerné par la souffrance animale très tôt, j'ai décidé de devenir végétarien à 9 ans, sans que ce soit quelque chose qui existait dans mon entourage. Ma mère était ouverte à ça, les autres pas franchement. J'ai alterné des périodes végé/non-végé/mi-végé pendant longtemps, pour des raisons diverses qui dépendaient parfois de moi, parfois pas. Je me suis remis à un végétarisme strict vers 25 ans, définitif, et je suis passé au véganisme il y a un mois (j'ai 29 ans maintenant).

    J'ai pas de vraie solution à te donner, mais je réfléchis pas mal à ça en ce moment, alors je vais te faire part d'où j'en suis.

    Quand j'étais végétarien, j'évitais le sujet avec les gens que je sentais réfractaires au principe. Beaucoup de gens vivent comme une agression qu'on ose manger veg devant eux : c'est comme leur balancer au visage qu'ils sont dans le tort, alors qu'ils ont toujours essayé de faire les choses pour le mieux, avec leur propre vision du monde. Je pouvais en parler, mais seulement avec les gens qui avaient vraiment envie de comprendre. Et ça se tient, parce que ce sont eux qui peuvent ensuite faire évoluer leur mode de vie dans cette direction.

    Donc en gros, je me contentais de montrer l'exemple, et ceux qui avaient envie d'en savoir plus, je partageais ce que je pouvais avec eux. Avec les autres, je fermais la discussion très vite en me disant que ça servait à rien de leur parler de ça, à part les braquer encore plus et mettre encore plus de distance entre mes convictions et les leurs.

    Le résultat avec cette façon de faire, c'est que la plupart de mes proches disent "ouais, à terme j'aimerais bien être végétarien-ne, là je me sens pas prêt-e à arrêter la viande, j'aime trop ça, mais un jour j'arrêterai". Donc ça a suffi à faire naître une idée dans ce sens là chez eux, et à préserver nos relations, mais ça les a pas fait aller plus loin. Alors je trouve pas ça hyper satisfaisant.

    Depuis que je suis végane, je me rends compte que ça passe moins facilement. Ceux qui trouvent le végétarisme absurde ne voient pas la différence, mais des gens plus ouverts trouvent le véganisme extrême, voire s'inquiètent pour moi en pensant que c'est le symptôme d'un mal-être. Pourtant mes convictions n'ont pas changé : c'est juste une façon de les appliquer qui me conviennent mieux maintenant. Et que je suis mieux informé.

    Mais ce qu'il faut pas louper, et que je découvre depuis que je suis végane, c'est que c'est pas la solution parfaite contre la souffrance animale : rien ni personne n'est "végane" au sens "100% cruelty-free". Poster un message sur Végédia, c'est utiliser de l'énergie au moins partiellement nucléaire, et du matériel informatique qui est fabriqué avec des techniques vraiment crades. Et on peut aller loin en commençant à réfléchir comme ça : me promener en forêt c'est forcément écraser des bestioles sentientes qui seraient restées en vie si j'étais resté chez moi. Et si on est à peu près sûrs que les végétaux ne souffrent pas, où mettre la limite de la sentience chez les petits animaux ? Même les acariens les plus ridiculement petits peuvent agir et réagir, et si leurs sens ne sont pas les mêmes que nous il est difficile d'exclure qu'ils puissent souffrir. Et on en écrase à chaque pas. La limite entre ce qu'on accepte de tuer et ce qu'on accepte pas, elle est forcément floue et choisie arbitrairement par chacun. La seule façon d'appliquer ça absolument parfaitement, ce serait de mourir ? Et de tuer tous les êtres non-véganes ? Est-ce que c'est pas un peu contradictoire de protéger la vie en tuant tout le monde ?

    Je dis ça parce qu'il est important de reconnaître qu'il y a pas "nous, véganes, qui avons raison" d'un côté et "les autres qui ont tort" de l'autre. On a choisi le mode de vie qui nous semble le plus adapté à ce qu'on sait et ce qu'on pense. Mais les omni font pareil de leur côté, et certains sont hyper investis dans des causes hyper importantes. Ils s'investissent ailleurs parce qu'ils pensent que la souffrance d'une vache est négligeable par rapport à celle d'un humain, et ce qui fait que je suis pas d'accord, c'est deux choses : leur manque d'information d'une part, et une intuition/sensibilité différente de la notre, d'autre part. Sachant que c'est l'intuition qui pousse à chercher des informations.

    Je pense que ce qu'on peut faire de mieux, c'est d'essayer de mettre autant que possible des gens dans cette voie, sans leur demander de sauter des étapes (on a été omnivore avec les mêmes convictions que maintenant, et il fallait qu'on passe par là, c'est comme ça). Aujourd'hui je pense qu'il faut surtout tenter de combler le déficit d'informations sur le sujet. Si quelqu'un a toutes les informations qu'il faut, et qu'il reste réfractaire aux idées véganes, ça changera rien de lui crier dessus. Mais peut-être qu'il changera d'avis plus tard. Il faut pas oublier que la nature humaine est faite comme ça : c'est beaucoup plus acceptable de changer d'avis soi-même que de se laisser convaincre.

    Voilà, si ça peut t'aider d'une manière ou d'une autre, c'est cool !

    Martin

    • 5 messages
    29 juin 2016 15:52:51 CEST

    Bonjour Christel et bravo pour votre décision.

    Martin, votre réponse est formidable et déborde de sagesse.

    • 4 messages
    19 juillet 2016 00:32:57 CEST

    Bonsoir, 
    Merci Christel pour cette question et merci Martin pour cette réponse.
    Je me suis retrouvée dans les deux et elles m'ont éclairée :)

    • 4 messages
    11 octobre 2016 22:14:42 CEST

    Il faut être capable de "faire face" aux "autres" avec une attitude calme sans se laisser submerger par ses émotions, il est évident que l'on est confronté à d'autres personnes qui posent des questions voire beaucoup sans nous laisser le temps de répondre clairement , j'entends par là le fait qu'il faut répondre sans aggressivité, c'est-à dire sans prosélytisme en faisant abstraction des émotions que l'on peut ressentir et qui sont liées à la souffrance animale (qui sont loin de nous laisser insensible), les gens sont souvent sacrastiques quand ils ne connaissent pas, qu'ils s'interrogent, vous poussent dans vos retranchements et si vous vous laissez submergé, ils y verront une faiblesse psychologique qui ruinerait vos réelles convictions éthiques que vous n'êtes pas forcément en mesure d'argumenter, (être un orateur n'est pas inné). Il ne faut pas voir une personne non vegan comme un ennemi, même si pour vous cela semble un "combat", il ne faut surtout pas adopter un comportement d'animosité, il faut être à l'écoute, prendre sur soi, la personne qui s'intéresse vraiment aux questions qu'elle vous pose reviendra forcément vers vous pour approfondir, éclaircir des points précis qu'il vous sera donné d'argumenter plus posément par la suite. Ce n'est pas à vous de la tirer vers vos convictions éthiques, si vous avez la maîtrise de vous-mêmes que vous savez pondérer des sujets délicats, ce sera votre interlocuteur de lui-même, de par son propre libre-arbitre qui reviendra vers vous.
    Adoptez une attitude d'écoute,  ne vous laissez pas ruiner par des blagues débiles liées à l'ignorance, un comportement stupide n'est pas forcément un acte malveillant, ce peut être aussi une personne qui commence à s'interroger ! Ayez de la répartie intelligente. Prenez sur vous même si ce n'est pas évident, dîtes-vous que tout ce que vous ferons "subir" votre entourage sur la question du végétalisme n'est rien en comparaison des souffrances animales et que si vous vous braquez directement, vous fermez les portes de la réflexion et vous ne les aiderez pas à réfléchir sur la question.


    Ce message a été édité par altor altor le 11 octobre 2016 22:33:57 CEST"
    • 23 messages
    16 janvier 2017 15:00:50 CET

    Un article de Tobias Leenaert sur la colère, traduit en français par l'AVF : http://www.vegetarisme.fr/veganisme-et-colere/