Vipassana et végétarisme.

  • Vipassana est une très ancienne technique de méditation redécouverte et perfectionnée par le Boudha Gotama il y a 2500 ans. Grâce à elle, il avait atteint l’illumination, la cessation de toute souffrance, à l’âge de trente-cinq ans, et il enseigna Vipassana jusqu’au soir de sa mort.

    Il ne la considérait pas comme une religion (il n’est du reste pas, à strictement parler, le fondateur du bouddhisme), mais comme le résultat de la loi naturelle, le Dhamma, et comme un remède universel à des maux universels, l’agitation, l’irritation, la dysharmonie, la souffrance, etc.


    Tous les bouddhistes ne pratiquent pas Vipassana et les méditants sont de toutes confessions, musulmans, chrétiens, etc. Il n’y a pas de rituel. S.N Goenka, qui a réintroduit la technique en Inde dans les années 70, est hindouiste.


    Vipassana s’appuie néanmoins sur trois disciplines, ou entraînements : Sïla, l’éthique, la pureté des actions physiques et verbales, Samadhi, la concentration et la maîtrise de son propre esprit et Pañña, la sagesse, la vision intérieure pénétrante. Les subdivisions de Sïla, Samadhi et Pañña, au nombre de huit forment le Noble Chemin Octuple menant à la libération de la souffrance.


    Sïla implique la parole, l’action et les moyens d’existence justes. Cette purification des actions physiques et mentales est indispensable pour pratiquer Samadhi qui se divise en effort, attention et concentration justes. Quel objet de concentration ? Notre propre corps, nos sensations. Pour entamer cette concentration, Gotama proposa un moyen très simple : Anapana, l’attention à la respiration. Volontaire et involontaire à la fois, le souffle, bien observé, se fait porte d’entrée du corps, puis passerelle entre le conscient l’inconscient.


    Franchi ce seuil, on entre dans Pañña, la pensée et la compréhension justes. La concentration se tourne vers l’ensemble de la structure physique, vers la totalité des sensations. Le mythe de plus en plus dénoncé de la frontière corps-esprit s’effondre alors naturellement. Le méditant parvient à un état d’absorption où corps et esprit interagissent, se confondent. Pour prendre quelques exemples grossiers, la démangeaison, la douleur, l’impression de chaleur, le chatouillement auxquels nous ne prêterions pas attention en temps normal, acquièrent alors une toute autre signification. Ce sont des formations mentales, Sankharara, qui affleurent à la surface du corps.


    Mais, au-delà de cette purge mentale, assimilable dans une certaine mesure à une psychanalyse non verbalisée, non intellectualisée (et gratuite !) les sensations jouent un autre rôle. Quelle que soit leur nature, bonne ou mauvaise, le méditant doit maintenir envers elle une parfaite équanimité, car elles sont par nature impermanentes et éphémères, Anicca.


    Fortifier l’équanimité sur la base d’Anicca est un point clé de la technique. En cessant de réagir aux sensations, on apprend à ne plus céder au désir et à l’aversion aveugles, moteurs de la souffrance.

    Comme l’explique S.N Goenka, « tout le monde ne peut pas observer les impuretés mentales abstraites, la peur, la colère ou la passion abstraites. Mais avec un l’entraînement et de pratique appropriés, il devient facile d’observer la respiration et les sensations physiques, toutes deux en relation avec ces impuretés mentales. » Si, par l’intermédiaire des sensations dans le corps, on examine impartialement les phénomènes physiques et mentaux, ils finissent par disparaître en vertu de la loi de l’impermanence. La tête ne s’échauffe plus, on arrête de multiplier son malheur, partant celui d’autrui.


    Pour ancienne qu’elle soit, la technique est donc d’un pragmatisme tout scientifique. Pour Gotama, la compréhension intellectuelle de nos problèmes, voire de nos misères, n’était d’aucun secours. Appliquer le principe du « connais toi toi même » exigeait de tourner ses yeux vers la réalité intérieure et d’en faire l’expérience directe. Il avait découvert la notion d’inconscient, il avait pressenti l’existence de l’atome, Kalapa, il avait compris que nos corps, formés des mêmes molécules primitives que le reste de la création, obéissent à la même loi du Dhamma.


    En Asie, cette technique qui a traversé les âges est considérée comme un inestimable joyau. Pour nous occidentaux, elle est une possibilité simple, pratique et efficace d’acquérir un meilleur équilibre, de nous débarrasser de notre négativité, un art de vivre. « Le bonheur n’est pas chose aisée, il est très difficile de le trouver en nous, et impossible de le trouver ailleurs » écrivait Chamfort au dix-huitième siècle. Il aurait aimé Vipassana. En tout cas, il aurait voulu essayer.


    Aujourd’hui, des cours de Vipassana sont organisés partout dans le monde, en Inde, France, Espagne, etc. La technique a même été introduite dans des prisons d’Inde et des Etats-Unis, au plus grand bénéfice des prisonniers ! La formation, de dix jours, comprend trois étapes. D’abord, observer Sila pour calmer l’esprit. Ensuite, entraîner ce dernier à demeurer concentré sur un objet unique : la respiration, Anapana. Enfin, Vipassana, la purification par l’observation de notre propre nature.


    La diète est strictement végétarienne et les cours sont gratuits, chacun donnant en fonction de ses moyens à la fin pour financer la formation des étudiants à venir. Pour ceux intéressés par cette initiation, de nombreuses informations sont disponibles sur internet. Il existe aussi un très bon livre de William Hart dans la collection Sagesses (livre de poche), L’Art de Vivre, méditation Vipassana enseignée par S.N Goenka.

     

Commentaires

3 commentaires
  • Jérôme C aime ça
  • Ju lien
    Ju lien Je pratique Sila depuis plus d'un an déjà et j'essaye tant bien que mal de pratiquer Anapa.
    Pour ce qui est de Vipassana, il me faudra plus de temps!
    27 novembre 2012
  • Mano Vegeshopper
    Mano Vegeshopper Bonjour Cécile, j'ai fait deux fois le cours de dix jours, une expérience inoubliable. J'ai ensuite médité durant deux ans à la maison matin et soir, avec d'énormes bénéfices au plan personnel. J'ai arrêté, mais pour la bonne cause (bébé...), mais j'espèr...  Plus
    28 novembre 2012
  • Jérôme C
    Jérôme C Voici le site : http://www.dhamma.org/
    J'ai fais les 10 jours au Kerala.
    Consacrez au moins 10 jours de votre vie à aller faire une session de Vipassana !
    19 décembre 2012 - 1 aime ça