Un dîner des temps modernes : apologie de la corrida, à Paris -

  • Acte 1 

    Je suis un être humain parmi tant d'autres, et je suis convaincu que le combat pour la cause animale n'empêche nullement de s'engager parallèlement pour une cause humanitaire. Je ne suis membre, ni porte-parole d'aucune association anti-corrida.

    Ces prolégomènes étant posés, voici ce qui s'est passé, à Paris, le soir du 23 octobre.

    "(...) la plasticienne Delphine Gigoux-Martin invite le public à déguster un singulier dîner, à consommer à même la carcasse d'un taureau abattu au printemps dernier dans une corrida, évidé, naturalisé et façonné pour l'occasion."

     

    Voici une partie du texte de présentation de la "performance" : 

     

    "Dans son travail artistique, Delphine Gigoux-Martin s’applique à donner une nouvelle existence à des animaux morts (...). (...) elle veut manifester le cycle de mort et de résurrection. Au-delà des destinées individuelles, la continuité de la vie s’exprime dans la chaîne alimentaire : la consommation de la chair et du sang est une forme de régénération, (...) Le rituel que Delphine Gigoux-Martin a pratiqué avec la complicité du chef Yves Camdeborde met en évidence le lien vital qui nous unit à la nature."

     

    Et voilà que je découvre, par le plus grand des hasards, un article du journal Le Monde, rubrique Arts, qui relate la soirée : de toute évidence la journaliste Emmanuelle Jardonnet a apprécié. Voici quelques extraits de son récit enflammé (intitulé "Yves Camdeborde, torero d'une performance dînatoire"), aussi nauséabond que les remugles de cette "fabuleuse" soirée.  

     

    "Plonger dans les entrailles du Musée de la Chasse et de la Nature, au cœur du Marais. Puis se voir proposer de la 'soupe au sang de taureau' face à une bête qui a perdu le sien, au printemps, lors d’une corrida.Voilà une saisissante entrée en matière (...)". 

     

    Quel beau début d'article, n'est-il point ? Le ton est donné : on a bien retenu ses cours de journalisme. Et vous avez bien lu : 'soupe au sang de taureau'.

     

    "(...) D’où le soin porté aux détails vestimentaires de ces femmes aux coiffes à fourrure ou emplumées, et dont les robes raffinées sont ornées de discrets clins d’œil animaliers(...)".

     

    Là je commence à percevoir de cinglants coup d’œil à la cruauté de certains humains, comme les convives, la rédactrice, l'artiste, le cuisinier, les sponsors, ..... 

     

    'Le chef sert son breuvage dans des coupelles conçues par l’artiste pour épouser le creux des mains et être portées directement à la bouche. Certains convives sont rebutés, la majorité se laisse guider par ce mystérieux rituel. Un jeune garçon renverse sa portion, ensanglantant par accident sa chemise blanche au niveau du cœur. « Tu vois, tu fais vraiment partie de la performance ce soir », lui fait remarquer sa mère. La performance est en effet collective, participative : boire du sang de taureau, ça crée des liens. « J’en buvais quand j’étais petit, c’est un fortifiant », s’amuse un invité, dont on apprendra qu’il n’est autre que le couturier Oscar Carvallo l’homme qui a habillé une partie des invitées du soir avec la complicité de la modiste Laurence Bossion'.

     

    Tout comme moi, vous pouvez relire et relire .... "Madame" la journaliste ne semble nullement offusquée par ce qui se déroule sous ses yeux. Je passe le détail des mets servis, qui pour faire bonne figure, ne contiennent pas de viande  !!

     

    J'ai gardé le meilleur pour la fin. Accrochez-vous.

     

    "Ce taureau de Camargue, l’artiste l’a vu et choisi de son vivant, au 'campo '. (...)".

     

    Vivant, elle l'a choisi vivant, tout en connaissant le calvaire à venir de cet animal. A ce stade, la journaliste ne manifeste toujours aucun signe d'émotion; et nous en arrivons à la conclusion, de Mme. Gigoux-Martin, dans un premier temps :

     

    " Nous avons proposé des éléments de dialogue, de conversation et d’échange à travers un objet, ce taureau. Ce moment de plaisir s’est déroulé à partir de sentiments contradictoires et d’une situation féroce : ce taureau qui s’ouvre, c’est assez cru. Mais la nourriture a apporté une douceur".

     

    Puis, en toute logique journalistique, Mme. Jardonnet, qui en écho à la douceur évoquée, ajoute dans une dernière envolée lyrique  :

     

    "Nous ne dirons pas le contraire en repartant le dessert en bouche, tendre, fruité et acidulé à souhait – un caramel mou aux fruits de la passion et à la mangue. Entre-temps, l’artiste a refermé son taureau comme on referme une parenthèse."

     

    J'ose ici l'avouer, sans aucune honte, en relisant "a refermé son taureau comme on referme une parenthèse", je ne peux retenir mes larmes; et peu m'importe les sourires que cette émotion pourra provoquer chez certains. 

    Voici les noms des principaux êtres humains qui ont contribué/participé au déroulement de cette bacchanales des temps modernes :

    - Delphine Gigoux-Martin (artiste)

    - Yves Camdeborde (pro-corrida et cuisinier)

    - Thomas Dufau (matador)
    - Oscar Carvallo (couturier)
    - Laurence Bossion (modiste)

    - Emmanuelle Jardonnet (journaliste)

    - Claude d’Anthenaise (directeur du musée)

     

    Ainsi que plus généralement ceux qui l'ont soutenu :


    - la Fondation François Sommer, reconnue d'utilité publique et qui "agit principalement en France et en Afrique, à travers la Fondation I.G.F. (Fondation Internationale pour la Gestion de la Faune)" !!!!!!!

    - la Fondation nationale des Arts graphiques et Plastiques

    - Atalante Productions

    - la galerie Metropolis (Paris)

    - la YIA Art Fair (23-26 octobre 2014).

     

    Enfin, n'oublions pas, d'une part, tous les convives qui ont versé la somme de 50 euros pour prendre part à cette soirée, et, d'autre part, tous ceux qui vont venir s'extasier devant les vidéos projetées jusqu'au 26 janvier.

     

    Le 30 octobre 2014 (une semaine après cette "performance artistique") l'Assemblée nationale a adopté,une disposition qui reconnaît aux animaux la qualité symbolique d'« êtres vivants doués de sensibilité ».

    Mais les animaux restent maintenus dans le code civil dans la catégorie qui se réfère aux biens, les députés ayant rejeté la proposition de créer une nouvelle catégorie entre celles des hommes et celles des biens, comme le justifie M. Glavany : "« Nous n'avons finalement pas créé de droit nouveau car nous ne mesurions pas toutes les conséquences juridiques d'une nouvelle catégorie. S'attaquer au statut de l'animal, c'est affronter les chasseurs, les éleveurs ou les pro-corrida. Les animaux restent des biens mais on a fait un premier pas. » .

     

    CQFD.

     

    Dans la France de 2014, on peut donc venir choisir, en toute impunité, un taureau vivant, c'est à dire un simple bien, tout en sachant pertinemment qu'il sera massacré dans une arène, pour ensuite en faire une table. 

     

    Les images filmées pendant ce dîner seront projetées au Musée de la chasse (60-62 rue des Archives Paris) jusqu'au 26 janvier 2015.
    Une pétition circule pour en demander l'annulation :

    https://www.change.org/p/fondation-fran%C3%A7ois-sommer-annulez-la-projection-d-un-d%C3%AEner-morbide-dans-la-carcasse-d-un-taureau-tu%C3%A9-en-corrida

    Pour terminer sur une note positive, si vous voulez voir à quoi ressemble un taureau, destiné initialement à la corrida, sauvé il y a quelques années grâce à la détermination d'un homme, regardez cette vidéo, tout en gardant présent à l'esprit que ce taureau aurait pu être transformé en table ............

    https://www.youtube.com/watch?v=YCX5X7OuV0o


    Fin de l'acte 1 . A suivre ......

Commentaires

3 commentaires
  • Eric VG
    Eric VG Merci Cyril de partager et de faire connaitre cet article.
    Des gens qui font honte à notre espèce " l'être humain "
    C'est répugnant ...
    8 décembre 2014 - 1 aime ça
  • Mister Cébéji
    Mister Cébéji Quand il n'y a plus de conscience tout est permis; ces personnes sont déconnectées, orgiaques et décadentes.
    Concentrons-nous sur le bien que nous pouvons délivrer.
    8 décembre 2014 - 2 aiment ça
  • * ANIMALIA
    * ANIMALIA La prise de conscience leur sera bien douloureuse...
    11 novembre 2015