Retirons les animaux du menu, si compliqué ?

  • "Retirer les animaux de leurs menus ne fait pas des hommes et des femmes qui choisissent de le faire des hommes ou des femmes à étiqueter d'un seul mot (végétarien), mot qui traîne derrière-lui des relents de salade, de secte, de marginalité plus ou moins babacoolisante ou de légumes bouillis insipides accompagnant du tofu (nom désignant pour la plupart des gens un vague aliment exotico-inconnuto-viscosito-insipido-ridiculo-chinoiso-fade.)
    Retirer les animaux du menu c'est avant toute chose choisir d'enfin voir les animaux pour ce qu'ils sont, c'est à dire non pas de la nourriture mais des êtres vivants sensibles méritant soit de vivre leur propre vie, soit de ne pas naître par la volonté d'humains qui projettent avant même que la canule d'insémination ne soit ressortie du vagin des femelles reproductrices de faire découper dans les quelques mois qui suivent le fruit de leurs entrailles exploitées, en tranches.
    Ce qu'on va mettre dans nos assiettes à la place de ces tranches d'animaux tués tout jeunes est totalement secondaire: le choix est vaste!
    Ce qu'on va mettre dans nos assiettes sera de toutes façons à 90% la même chose que ce qu'on y mettait avant: des frites, du ketchup, des pâtes, du riz, des gratins de courgettes ou de chou-fleur, des purées, des haricots verts en salade, des avocats mayonnaise, du pain, des gressins au romarin, des soupes avec des croûtons à l'ail, des champignons sautés au persil ou des aubergines au coulis, des pizzas aux poivrons, des petits-pois cuisinés, des artichauts ou des asperges vinaigrette, des lasagnes aux épinards, des pois-chiches, des lentilles (c'est là qu'intervient le fameux tofu, mais fumé, pour remplacer les lardons ^^), des pommes noisettes, des cakes au brocolis ou aux carottes, des tartes aux poireaux, des ratatouilles, des tartes aux pommes ou des crumbles, le tout suivi si on le souhaite d'un petit café bien serré savouré avec un carré de chocolat, ou précédé d'un pastis bien tassé arrosant des pistaches ou des cacahuètes grillées ou encore des olives fourrées aux amandes pour ceux que ça intéresse. Et environ un millier d'autres choses du même genre familières à tout le monde, plus quelques-unes à dé- ou redé-couvrir (les fameux 10%: les nouveaux produits à base de soja: saucisses ou steaks végétaux etc, les graines (de lin, de pavot, de sésame, de courge) à la fois délicieuses et gavées de protéines (plus que la viande!) et souvent de calcium (plus que le lait!), et qu'on peut rajouter dans tous les plats, ou encore les purées d'amandes, de noisettes, de sésame, l'agar-agar pour remplacer la gélatine de porc, la levure maltée pour remplacer le gruyère râpé...).
    Les gens qui peuvent se payer du Dom Pérignon ou du Romanée-Conti millésimés, des confitures au gingembre de chez Hédiard et des truffes peuvent continuer, ceux qui n'ont accès qu'au Lidl ou autre discounter libèrent leurs corps des hormones et antibio contenus en masse dans les volailles premier prix au bénéfice de manger à la place des lentilles bio (pas plus chères).
    Il serait temps que le mot "végétal" ne soit plus associé à "mou et insipide".
    Par exemple, "pâté végétal", ça peut donner cette impression. Dès lors qu'on dit "terrine aux champignons, noix et sésame" tout de suite ça donne plus envie, non?
    Retirer les animaux d'un menu ne requiert pas de changer de planète, de culture, de famille, d'amis, de quartier, de milieu professionnel ou de niveau social; cela ne veut pas dire non plus cesser de bien manger ou de vivre, cesser d'aller au ciné, de faire du shopping ou de se casser les reins à décroûter le plafond de son salon avant de le repeindre, cesser de draguer, de faire l'amour ni de rêver d'étrangler de ses mains la collègue de bureau insupportable qui minaude du matin au soir devant le chef de service; bref, retirer les animaux de son menu ne change pratiquement RIEN à la vie d'une personne qui choisit de le faire, pourtant à en croire les réactions de certains, on leur proposerait d'avoir un grave accident de la route les laissant handicapées à vie que ça leur semblerait moins grave!
    Cependant que représente l'abandon de quelques plaisirs gustatifs au regard de la panique d'un animal traîné de force devant le couteau du boucher?
    (Quoi? Ils n'y vont pas de leur plein gré!)
    Que représentent quelques jours passés à se renseigner un peu sur les aliments végétaux les plus protéinés, par rapport au milliard d'animaux abattus chaque année dans notre pays?
    Quel ordre de mesure peut-il rapprocher le petit investissement personnel que nécessitent d'apprendre quelques nouvelles recettes et de se familiariser avec deux ou trois ingrédients, de l'écornage au fer à gaz de millions de veaux chaque année, de la pendaison par une patte arrière de millions d'agneaux égorgés, du dépeçage de tous ces corps encore tièdes et palpitants - un abattoir ce n'est pas une cuisine, ce qui s'y passe au milieu des hurlements est une véritable boucherie savez-vous?
    Dans l'élevage porcin, une perte de 25% des naissances est couramment admise. Perte due aux porcelets trop faibles, chétifs ou blessés, que les éleveurs ont le droit par autorisation écrite noir sur blanc dans le code rural, de tuer par percussion au sol.
    Les petits sont enlevés de sous les mères, triés, et les estimés "non rentables" sont saisis par les pattes arrières, frappées violemment deux ou trois fois contre le sol puis jetés au fur et à mesure en tas contre un mur. La plupart sont alors encore vivants et agonisent, bouche ouverte, cherchant l'air en gémissant tandis qu'une tache de sang s'étend lentement sur leur dos à cause de l'hémorragie interne qui va mettre plusieurs minutes à les achever.
    Le code rural précise: "Pas plus de 70 par jour et par élevage". (25 millions de cochons naissent en France chaque année).
    Quelle comparaison pourrait-on faire sans ciller, entre ne serait-ce QU'UN SEUL de ces tas qui sont évacués ensuite dans la fosse à fumier ou je ne sais où, et la mon Dieu atroce difficulté de se passer de saucisson à l'apéritif et de manger à la place des chaussons aux poivrons, aux oignons et à l'ail ou de la tapenade?
    Non, les animaux d'élevage ne sont pas bien traités. Même la vache au pré qui paraît la plus heureuse du monde a été écornée (pour la grande majorité) et qui est auprès d'elle quand on lui sort un veau du ventre, le plus gros possible car on aura choisi les semences des taureaux faisant les plus gros fils possibles (c'est la loi de l'élevage!) et qu'il faudra lier les pattes de son petit avec une corde pour le sortir en tirant avec un tracteur? Etes-vous là à ce moment-là pour l'entendre crier sa douleur? Etes-vous là quand quelques mois plus tard on vient lui prendre ce petit même pas encore sevré pour l'emmener à l'abattoir, et qu'elle arpente tout le champ en meuglant désespérément à sa recherche? Ou quand usée et affaiblie elle partira à son tour à l'abattoir? Etes-vous là pour voir les ouvriers jeter les poulets (ou dindes, ou pintades, ou canards) dans des caisses, pêle-mêle, cul par dessus tête, ou quand on les en ressortira après des heures de transport en pleine chaleur ou en plein froid pour les accrocher par les pattes et les faire défiler par milliers jusqu'à ce que leur tête atteigne un bac électrifié? Etes-vous là quand l'employé qui les égorge à la chaîne tombe sur les 10% d'entre eux qui ont relevé la tête en passant au dessus du bac, et qu'il leur tranche la gorge alors qu'ils sont en pleine conscience et battent des ailes comme des fous, accrochés par les pattes tête en bas? Ou encore quand un autre qui a des comptes à rendre sur le nombre d'animaux abattus prend un petit veau têtu à coups de pieds, un cochon récalcitrant à coup de barre de fer, pour les faire avancer plus vite dans le couloir en ciment?
    Quel humain peut se permettre de dire, qui n'a visionné la ré-a-li-té, que les animaux sont bien traités?
    Quand ils sont abattus par milliers à cause d'une épidémie, qu'ils brûlent vivants enfermés dans une étable, quand on les pousse au tracto-pelle parce qu'ils ne tiennent plus debout, quand on les décharge du haut d'un pont pour gagner du temps, êtes-vous là...
    Les gens qui décident VOLONTAIREMENT de retirer les animaux de leur menu sont des gens normaux, avec un cœur normal, un cerveau normal, un estomac normal, des intestins normaux, le premier les poussant à prendre la décision de quitter ce système aveugle et cruel, le deuxième leur permettant de comprendre ce qu'ils ont à faire pour cela, et les deux autres (estomac et intestins) étant par chance parfaitement aptes, comme ceux de tout humain, et contrairement aux animaux carnivores qui EUX ne le peuvent pas, à digérer les aliments non animaux et à en tirer tous les nutriments nécessaires (protéines, vitamines, fer, calcium etc).
    Ça pourrait être vous. Je souhaite de tout mon cœur, que ce soit vous AUSSI.
    Il suffit d'un peu de bonne volonté, d'un peu d'ouverture d'esprit, de prendre un peu de recul sur les traditions ambiantes, d'un peu de curiosité et de demander éventuellement un peu de conseils aux autres personnes qui ont renoncé à mettre des animaux dans leurs assiettes, ou de faire soi-même un peu de recherches dans les sites ou magasin bio, on se fout que ce soit bio ou pas mais il se trouve que c'est dans ces magasins qu'on trouvera du tahin, du gomasio ou du seïtan.
    Nous ne sommes ni des lions dans la savane, ni des homo-sapiens du paléolithique. Nous sommes en France, à l'aube du troisième millénaire, nous sommes des gens parait-il civilisés, capables de reconnaître les conséquences de leurs actes, capables de visionner des images en face quitte à en pleurer de désespoir mais là encore que sont quelques larmes et dégoûts par rapport à ce que vivent les animaux suppliciés? Et ce qui est évoqué plus haut, que vous y croyez ou non, est juste le quotidien de base des animaux les moins mal traités. Que dire au sujet des truies reproductrices enfermées durant des mois entre des arceaux de fer dans la pénombre et l'odeur abominable de leurs excréments pas si souvent nettoyés qu'on aimerait le croire... Que dire des canards gavés par pulsion pneumatique, qui halètent de souffrance, le bec cassé, dans leurs cages minuscules? Que dire de certains employés sadiques qui se défoulent comme des brutes sur des corps à leur merci totale... Que dire des castrations à vif, des blessures non soignées et infectées, des yeux crevés purulents, un milliard d'animaux enfin qui réalise ce que ça représente comme maladies et blessures, tumeurs, ulcères, infections, jambes cassées et mammites possibles? Comme nombre de pattes de lapins coincés dans le grillage du sol de leurs cages? (50 millions de lapins tués par an en France, dont 99% élevés en élevage industriel dans des hangars...) Comme somme de stress, de petits séparés terrifiés de leurs mères, comme transports, comme flots de sang coulant de tous ces corps, malheureusement en plus fréquemment égorgés conscients?
    Il est facile de supprimer les animaux de nos menus; cela ne demande que très peu de changements, en fait, juste un peu de réorganisation; ceux qui aiment récolter des lauriers de bons ou bonnes cuisinières en récolteront autant, et de plus mérités que de s'être contentés d'avoir mis la jambe d'un agneau dans un four en en surveillant la cuisson. Ceux qui n'aiment pas cuisiner trouveront aussi des plats végétaliens tout prêts, il y en a déjà même dans les supermarchés et il va y en avoir de plus en plus. Si cela vous tente tous les gens qui l'ont fait sont là pour répondre à vos interrogations, à vos doutes, et pour vous rassurer si besoin est.
    Par contre je demande à tous les gens qui liront ces lignes sur FB, donc par définition détenteurs d'un ordinateur, d'un abonnement à EDF et vraisemblablement aussi d'un toit au-dessus de leur tête, de ne pas se réfugier derrière les SDF, les enfants mourants de faim en Afrique, les quelques tribus nomades restant dans le monde ou les inuits sur la banquise pour expliquer qu'eux mêmes du coup ne peuvent pas se passer de manger de viande - par solidarité, sans doute? Ce ne sont pas les SDF, les enfants mourants de faim en Afrique ni les inuits qui sont les plus gros clients des étalages de nos supermarchés occidentaux, "à priori". Le français moyen fait partie des plus gros consommateurs de viande, charcuteries, volailles, fromages etc - bref, de produits animaux- de la planète, après les américains du Nord. Pour faire baisser le nombre d'animaux exploités et tués chez nous (un milliard par an) c'est lui qui doit agir."
    (Texte de Michèle Végé)

    Retirons les Animaux du Menu - Philip Wollen

    https://www.youtube.com/watch?v=1WYMoP-3le8&feature=share

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